Histoire
 

L'Afghanistan, souvent appelé le carrefour de l'Asie centrale, a eu une histoire très mouvementée. À travers les âges, la région, aujourd'hui connue sous le nom Afghanistan, a été occupée par des Empires comme l'Empire perse, et ceux d'Alexandre le Grand et Genghis Khan.. 

Avant 1747

Convoité par de nombreuses puissances tant régionales que mondiales, l'Afghanistan se trouve toujours sur le chemin de l'Inde lorsque les Perses, Grecs, Moghols, ou Turcs rêvent d'en prendre le contrôle.

Inversement, l'Afghanistan s'est toujours trouvé sur le chemin des empereurs indiens comme Ashoka, dans leur volonté d'expansion vers l'ouest. Parallèlement, l'Afghanistan a également été le centre de nombreux pouvoirs forts d'origine grecque sous l'Empire bactrien, bouddhiste sous l'Empire Kouchan, moghol sous le règne de Bâbur ou encore turc sous le règne des empereurs comme Mahmûd de Ghaznî, ou Muhammad Ghûrî.
Son emplacement géographique sur les routes commerciales fait de ce pays un enjeu stratégique majeur encore aujourd'hui. Cet emplacement stratégique a profité à de nombreux royaumes qui se sont succédé sur ce territoire.

Ainsi, après l'effondrement des royaumes grecs et un bref contrôle exercé par l'empereur Ashoka, le peuple Yuezhi, avec à sa tête le chef Kujula Kadphisès s'empare du pays et se taille un gigantesque Empire qui sera nommé l'Empire Kouchan.

Ce premier Empire bouddhiste sera très belliqueux et expansionniste, une attitude qui poussa l'Empereur chinois Tsin Che Houang-Nou à bâtir la muraille de Chine au sud de son Empire. Son territoire s'étendait de l'Iran actuel jusqu'en Inde, probablement plus loin que Delhi et de la Mer d'Oman jusqu'à la Mer d'Aral.

Pour beaucoup d'historiens, c'est grâce à cet Empire Kouchan et plus précisément à son Empereur Kanishka Ier que le bouddhisme a pu s'étendre jusqu'en Chine, en Corée et au Japon par les voies commerciales et non par des conquêtes militaires.

Le rôle de l'Islam est également fondamental dans l'histoire de ce pays. Les premières armées arabes ont pu profiter de la faiblesse de l'Empire Perse Sassanide, en plein effondrement, et s'emparer ainsi de la presque totalité des possessions de celui-ci.
Mais force est de constater que l'islamisation d'une bonne partie de l'Afghanistan a pris plus de 200 ans.

La résistance légendaire des KaboulShahs, encore bouddhistes, a considérablement retardé l'islamisation. À noter que la région de Nourestan a été la dernière région du pays à se convertir à l'Islam . En effet, les nouristanis ne sont musulmans que depuis le XIXe siècle, soit plus de 1200 ans après les toutes premières conquêtes arabes.

Après l'installation définitive de l'Islam en Afghanistan, celui-ci ne s'est plus étendu grâce aux Arabes mais surtout grâce aux Turcs comme l'Empereur Mahmûd de Ghaznî et Muhammad Ghûrî. En ce qui concerne l'islamisation de l'Inde, le chef militaire afghan Sher Shah Suri y a joué un très grand rôle où il fut suzerain juste et ingénieux à Sasaram.

Ce dernier a notamment été à l'origine de la route Grand Trunk Road connue par les Européens sous le nom de la Grande marche. Cette route relie le Bengale à Delhi, s'étend jusqu'au Pakistan et finit en Afghanistan passant par le Khyber Pass. Le tombeau du suzerain, appelé aussi le deuxième Taj Mahal en Inde, figure sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.

Règne de Timour Shâh Durrani

Le règne du fils aîné d'Ahmad Shâh Durrani, Timour Shâh Durrani a commencé en 1772 et durera 21 ans. À 24 ans, le jeune Timour est déjà un administrateur et un commandant confirmé. Sous le règne de son père, Ahmad Shâh Durrani, Timour Shâh fut gouverneur de Lahore, de Multan et de Herat mais aussi Vice-Roi du Penjab.

Contrairement à son père, Timour Shâh n'a jamais aimé le faste et les conquêtes militaires, la priorité du jeune souverain fut de contenir son Empire dans ses limites de l'époque ce qui fut déjà extrêmement complexe.

Timour Shâh a accédé au trône dans un climat de confusion et de guerres d'influence en coulisses. N'ayant laissé aucune instruction ni protocole quant à sa succession, Ahmad Shâh a rendu compliquée la succession au trône afghan. Pour les dirigeants de l'époque, il n'était un secret pour personne que Timour Shâh avait la préférence de son père.
Le jeune Timour Shâh avait montré ses capacités de gestionnaire et de bon chef militaire en gouvernant les provinces les plus difficiles (hormis Herat).

Il a également assuré la vice-régence de Penjab, une région reculée de l'empire, très difficile à gouverner pour cause de dissenssions internes et attaques incessantes des sikhs. Bien qu'indéniablement Timour Shâh avait la préférence et la confiance de son père, les chefs de tribus, notamment les chefs Ghilzai (adversaires traditionnels des Durrani) ne souhaitaient pas voir Timour Shâh succèder à son père, très probablement parce que d'une part le jeune Timour n'avait pas le charisme de son père et d'autre part qu'il était très indépendant, ce qui ne convenait pas aux chefs de tribus qui préféraient un Padishah facilement contrôlable. C'est ainsi que le Vizir d'Ahmad Shâh Durrani, Shah Wali Khan Bomezaï a convaincu son beau-fils et le frère cadet de Timour Shâh, le prince Sulayman Khan Durrani de revendiquer le trône en 1773.

Alors loin de la capitale, Timour Shâh, apprend la nouvelle de l'intronisation de son frère Sulayman Khan comme Padishah de Kandahar, alors la capitale de l'Empire. Ce fait inacceptable poussa le jeune Empereur à marcher sur la capitale, soutenu par tous les clans de la tribu Durrani. La ville a opposé une forte résistance sur ordre de Shah Wali Khan Bomezaï afin de protéger Sulayman Shâh . Mais il échoua finalement dans son entreprise d'installer au pouvoir un Padishah pantin.

Tentant de se faire pardonner par Timour Shâh , ce dernier voulut donner l'exemple en ordonnant à la garde impériale de décapiter Shah Wali Khan Bomezaï alors qu'il demandait audience. Ce châtiment eut pour conséquence de calmer toutes les vélléités et tentatives de coup d'État pour une courte durée mais a attisé la haine des tribus Ghilzaï à laquelle appartenait Shah Wali Khan Bomezaï. Le jeune Timour a pu entrer dans la ville de Kandahar et se faire couronner Padishah de l'Empire afghan.

Kaboul devient capitale en 1776

Sous le règne de Timour Shâh Durrani, l'Afghanistan connaît une relative stabilité mais reste rongé par des dissensions internes, notamment parmi les familles pachtounes, l'ethnie dont est issue la famille impériale. Les tribus Ghilzaï et Durrani, deux branches pachtounes, se battent depuis la création du pays pour accéder au pouvoir. On retrouve cet affrontement tout au long de l'histoire afghane, notamment contemporaine.

À titre d'exemple, les talibans sont essentiellement dirigés par les Ghilzai, la tribu de Mollah Mohammad Omar, alors que le président actuel, Hamid Karzai, est un représentant de la tribu des Durrani, branche Mohammadzaï, clan Popalzaï. Timour Shâh se sent à l'étroit dans sa capitale Kandahar où il est sans cesse pris à partie par certains membres de sa cour. Fatigué des agissements de la cour qui provoqua la révolte de 1774 et proclama Padishah un certain Abdul Khaliq Khan, Timour Shâh décida de transférer la capitale de Kandahar à Kaboul en 1776.

La révolte de la cour tient à deux faits majeurs : les chefs de tribus entendaient profiter de la mort d'Ahmad Shâh Durrani pour étendre leur pouvoir féodal déjà considérable que Timour Shâh a commencé à réduire sous son règne et parce que le jeune Empereur fut très indépendant, refusant de suivre les chefs de clan. Afin de minimiser les risques de coup d'État et son éventuel assassinat, Timour Shâh choisit Kaboul pour capitale.

D'abord parce que la ville était très appréciée de plusieurs souverains qui y avaient établi leur capitale avant Timour Shâh, comme l'Empereur Babûr Shah, surnommé d'ailleurs le Roi de Kaboul.

En outre la ville était appréciée pour sa fraîcheur, alors qu'une chaleur écrasante régnait à Kandahar. Par ailleurs la ville était prospère et fut le centre des arts, de la culture et des sciences de l'Empire. Son multiculturalisme permettait d'amoindrir le rôle des pachtounes assoiffés de pouvoir.
 

Mort suspecte de Timour Shâh et deux siècles d'instabilité

Timour Shâh fut finalement assassiné, probablement par empoisonnement le 18 mai 1793. Sa mort resta suspecte et n'a jamais été élucidée.
L'Empereur se portait très bien, comme tous les guerriers ,si bien qu'une mort subite comme la sienne ne peut que laisser interrogatif. Son tombeau à Kaboul est resté inachevé. L'Empreur Timour a finalement commis la même erreur que son père en ne laissant clairement désigner aucun de ses fils comme successeur et n'a mis en place aucun protocole de succession.

Néanmoins, il laissa entendre que son préféré était son fils Zaman Shâh qui fut d'ailleurs élevé au rang de gouverneur de Kaboul alors la fonction la plus prestigieuse après celle de Chef de l'État.

La mort subite de Timour Shâh et l'absence d'héritier au trône clairement désigné plongeront l'Afghanistan dans une profonde instabilité qui durera deux siècles et que les Britanniques sauront exploiter au détriment des Afghans tout au long du XIXe siècle.

Règne de Zaman Shâh Durrani

La mort subite de Timour Shâh ouvre une ère de guerre et de déchirures pour la succession au trône. Alors gouverneur de Kaboul, Zaman Shâh, le cinquième fils de Timour Shâh est couronné Empereur en 1793, succédant ainsi à son père. Mais ses 22 frères réclamaient le trône aussi, arguant que leur père n'avait clairement désigné aucun de ses fils et qu'il n'y avait aucune loi qui permettait à Zaman Shâh de devenir souverain.

Ce fut alors le début d'une guerre civile qui déchira le pays pendant plusieurs années. Les dirigeants historiques furent issus de la tribu des Abdali de l'ethnie afghane, dont le nom fut changé en Durrani lors de l'accession du Shah Ahmad. Ils prolongèrent jusqu’à la dynastie Saddozay du clan Popalzay ou de la dynastie Mohammadzay du clan Barakzay de l'ethnie pachtoune.

Les Mohammadzay donnèrent fréquemment les rois Saddozay ainsi que des conseillers suprêmes, qui servirent occasionnellement comme régents, identifiés avec l'épithète Mohammadzay. 

1919-1978 : Instabilité chronique

Depuis 1900, onze dirigeants furent déposés :

  • 1919 Habibullah Shah est assassiné le 20 février à Kalagosh pendant une partie de chasse, guerre d'indépendance contre l'Empire britannique ;
  • 1929 abdication du roi Amanullah Shah qui s'exile en Inde puis en Europe, fuite devant une révolte populaire ;
  • 1929 Inayatullah Shahrègne trois jours avant d'abdiquer (14 au 17 janvier 1929) ;
  • 1929 Amir Habibullah Ghazi (Bacha e Saqao), exécuté par son successeur qui restaura la dynastie Barakzaye ;
  • 1933 Mohammed Nadir Chah assassiné;
  • 1973 Mohammed Zaher Chah fils du précédent, dépôt du roi, fuite en Italie, coup d'État, passage à une république ;
  • 1978 Mohammed Daoud Khan assassiné à la suite d'un coup d'État;
  • 1979 Nour Mohammad Taraki et Babrak Karmal exilés ;
  • 1979 Hafizullah Amin et Nour Mohammad Taraki, le premier tue le second ;
  • 1979 Hafizullah Amin tué par une fraction du Parti Démocratique Populaire d'Afghanistan (PDPA) à la suite d'un coup d'État soutenu par l'Union soviétique ;
  • 1986 Babrak Karmal remplacement en fin de mandat ;
  • 1992 Mohammed Nadjibullah renversement par la résistance afghane appuyée par les États-Unis d'Amérique ;
  • 1996 prise de Kaboul par les talibans soutenus par les États-Unis d'Amérique, et assassinat du président Mohammed Nadjibullah par les talibans ;
  • 2001 renversement du gouvernement islamique des talibans par les États-Unis d'Amérique et ses alliés de l'OTAN.

La dernière période de stabilité en Afghanistan eut lieu entre 1933 et 1973, lorsque le pays était sous la direction du roi Zaher Chah.

Néanmoins, en 1973, le beau-frère de Zahir, Sardar Mohammed Daoud entreprit une action non sanglante le 17 juillet 1973. Coup d'État de Daoud qui, avec l'appui militaire soviétique, renverse son cousin Zaher. Ce dernier abdique en août et s'installe en Italie.

1978-1992 : Invasion soviétique

L'invasion soviétique de l'Afghanistan s’inscrit dans le contexte de la Guerre froide, puisque les États-Unis soutiennent le Pakistan face à une Inde qui se voulait le fer de lance des pays non-alignés ; l’URSS soutient l’Afghanistan qui avait, depuis 1919, des revendications territoriales sur les régions à majorité pachtounes du Pakistan, ce qui aurait permis à l’Afghanistan de se désenclaver en possédant un accès vers la mer d’Oman.

Suite à un coup d’État fomenté en 1973 par le prince Daoud, l’état afghan s’éloigne de plus en plus de Moscou. Pour éviter sa perte d’influence dans la région, l’Union soviétique décide d’intervenir en Afghanistan, dès 1978, pour y placer un régime à ses ordres. Le coup d'État du Parti Démocratique Populaire d'Afghanistan le 27 avril 1978 renverse le gouvernement Daoud et assassine de nombreux membres de sa famille.

Muhammad Taraki (1917-1979), leader du Khalq (fraction radicale et majoritairement pachtoune du PDPA) devient président de la nouvelle République démocratique d'Afghanistan. Socialiste, elle est pro-soviétique. Ce régime entretient des relations privilégiées avec l’URSS et met en place une série de réformes collectivistes et sociales (alphabétisation, droit des femmes, réformes agraires…) qui contrarient les coutumes conservatrices afghanes.

Une partie des Afghans entre en résistance contre le pouvoir central soutenu massivement par l'Union soviétique et fomente un nouveau coup d'État le 28 décembre 1979, ce fut le début de la 1re guerre d'Afghanistan.

Babrak Karmal devient président. L'Union soviétique soutient le nouveau régime et intervient massivement à partir de janvier 1980 pour reprendre le contrôle des zones rebelles (sud-est du pays principalement).
Une vive résistance nationale se met en place face à un occupant soviétique qui ne s’attendait pas à une telle réaction. De plus cette agression soulève une grande émotion dans l’ensemble de l’Oumma et de nombreux islamistes issus de divers pays (Algériens du GIA, Bosniaques, Philippins, Saoudiens, Palestiniens, Egyptiens, voire quelques Européens d'origine maghrébine) se joignent à la résistance afghane (Moudjahidines).

Les Soviétiques ne pourront jamais défaire ces combattants qui utilisent le terrain montagneux afghan pour mener une véritable guérilla financée et soutenue militairement par les Etats-Unis, le Pakistan, l’Arabie saoudite et diverses associations musulmanes à travers le monde. Le 30 novembre 1986, Mohammed Nadjibullah devient président de l'Afghanistan à la place de Karmal.

Les troupes gouvernementales doivent faire face à l'aide moindre de l'URSS d'année en année (pour cause de Perestroïka) et à une intensification des combats soutenus par le Pakistan voisin et ses moudjahiddin (« combattants d’islam ») ainsi que par les états occidentaux dont les États-Unis qui financèrent et armèrent des groupes islamistes pour lutter contre le pouvoir en place.

L'Union soviétique décide unilatéralement de quitter le pays en février 1989, laissant à Nadjibullah le contrôle du pays. Le régime tombe le 29 avril 1992 après la prise de Kaboul et la démission de Mohammed Nadjibullah le 16 avril. Il est à noter que les troupes gouvernementales, fidèles à Mohammed Nadjibullah, ont résisté fièrement contre des troupes mieux armées et plus nombreuses qu'elles. 

1992-1996 : la guerre civile

Le 9 avril 1992, Ahmed Chah Massoud, futur chef de l'alliance du nord, entre dans Kaboul avec plusieurs milliers d'hommes et devient ministre de la défense en mai.
Le 28 juin, Burhanuddin Rabbani, islamiste modéré du Jamiat-e-Islami, est nommé président intérimaire, puis élu chef du gouvernement en décembre. De 1992 à 1995, un gouvernement issu de la résistance afghane prend le pouvoir, mais il y a des dissidences internes.

Massoud démissionne du gouvernement afin de permettre à Gulbuddin Hekmatyar, un fondamentaliste appartenant à l'ethnie pachtoune, majoritaire dans le pays, de devenir Premier Ministre. Mais les affrontements continuent dans Kaboul entre Talibans, forces du gouvernement (Massoud) et moudjahdins (Hekmatyar, ...).

À partir de 1994, les Talibans conquièrent peu à peu les différentes provinces du pays. De 1994 à 1996, soutenus par l'armée pakistanaise, ils conquièrent l'essentiel du pays (sauf le réduit tadjik au nord-est) et instaurent une dictature fondamentaliste.
Des membres du Hezb-é-islami (parti de Hekmatyar) entrent au gouvernement du président Rabbiani tandis que Hekmatyar devient Premier ministre. Durant l'été 1996, Oussama Ben Laden, fuyant l'Arabie saoudite et après un séjour de deux ans au Soudan, retourne en Afghanistan. Il diffuse une déclaration de djihad contre les Américains. Le 27 septembre 1996, les Talibans prennent Kaboul et s'emparent dès lors du pouvoir. Le Mollah Omar, chef charismatique du mouvement et « Commandeur des Croyants », dirige le pays sans aucun titre politique ou constitutionnel.

Mohammed Nadjibullah est sauvagement assassiné par les Talibans ainsi que son frère, pourtant sous la protection de l'ONU. Un témoin raconta qu'alors que Kaboul était sur le point de changer de main, les gardes afghans en charge de la protection des locaux de l’ONU s’enfuirent. Dans une dernière tentative désespérée, Nadjibullah appela à l’aide les représentants de l’ONU à Islamabad, en vain. Son sort était déjà scellé, les Talibans ayant constitué un commando de cinq hommes chargés de l’éliminer.

Selon Ahmed Rashid, le mollah Abdoul Razzaq se trouvait à la tête du groupe qui s’empara de Nadjibullah entre une heure et deux heures du matin, quelques heures avant l’entrée des Talibans dans la capitale.

Dans son livre L’Ombre des Talibans, Ahmed Rashid raconte les derniers instants de Nadjibullah : « Les Talibans entrèrent dans la chambre de Nadjibullah, le passèrent à tabac ainsi que son frère, et jetèrent les deux hommes inconscients à l’arrière d’une camionnette qui se rendit au palais présidentiel plongé dans l’obscurité. Là, ils castrèrent Nadjibullah et traînèrent son corps derrière une Jeep, avant de l’achever d’une balle. Son frère subit les mêmes tortures et fut étranglé. Les Talibans pendirent les deux cadavres à un poteau de signalisation en béton, juste devant le palais, à quelques pâtés de maisons des locaux des Nations unies. »

« À l’aube, des habitants curieux vinrent regarder les deux corps gonflés et mutilés pendus par du fil de fer. Ils avaient des cigarettes entre les doigts et les poches débordantes de billets de banque afghans – pour mieux transmettre le message des Talibans sur leur débauche et leur corruption. Les deux autres compagnons de Nadjibullah s’étaient échappés. Rattrapés alors qu’ils tentaient de fuir la ville, ils furent aussi torturés et pendus », poursuit Ahmed Rashid.

Ainsi commença le règne des Talibans. 

1997-2008 : les Talibans et l'intervention de l'OTAN

En 1997, les Talibans – « étudiants » en théologie – encadrés par des groupes armés étrangers qui tiennent beaucoup à leur religion prirent le contrôle du pays (sauf une petite région au nord-est).

Ils restaurèrent une paix relative au travers de la mise en application d'une loi islamique sévère qui restreignit un grand nombre de libertés dans un effort pour réaliser leurs idéaux, à savoir « le plus pur État islamique du monde », fondé sur une stricte application de la charia, émanant de l'école déobandi. En particulier, ils se firent connaître du monde entier en 2001 pour avoir détruit des statues de Bouddha pré-islamiques de Bâmiyân (VIe - IVe siècle av. J.-C.), inscrites au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO. Le Pakistan, leur plus fidèle allié, dénonça alors leur politique. Le 9 septembre 2001, Massoud est assassiné lors d'un attentat suicide (faux interview par des pseudo-journalistes).

En 2001, les États-Unis, suite aux attentats du 11 septembre, déclenchèrent une nouvelle guerre d'Afghanistan (2001) et, avec l'aide de l'Alliance du nord, renversèrent en quelques mois le régime taliban.

La situation à la mi-2002 semblait stable, même si l'insécurité régnait toujours à la fois dans des régions hors du contrôle du nouveau gouvernement (qui a pris la place des Talibans) et également à cause des attentats dans les zones sous le contrôle des armées américaine, occidentale ou afghane.

Notamment, le 5 septembre 2002 alors qu'il voyageait dans la région de Kandahar (dans le sud de l'Afghanistan), le président Hamid Karzaï a été victime d'une tentative d'assassinat, évitée de justesse par ses gardes du corps (qui appartenaient aux forces spéciales américaines). Une balle avait alors frôlé son visage.

Le 11 août 2003, l'OTAN prend le commandement de la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS), à laquelle contribuent 37 pays ; elle s'emploie à étendre l'autorité du pouvoir central et à faciliter la reconstruction du pays. Au 7 décembre 2004, une force internationale de près de 10 000 hommes était en Afghanistan, en plus des 20 000 soldats américains toujours présents.
Cette coalition, décidée par l'Organisation des Nations unies, a permis l'installation de structures pré-démocratiques. Le 26 mai 2004, cinq membres d'ONG sont tués dans une embuscade au nord-ouest de l’Afghanistan.

Le 16 juillet 2004, une roquette tombe près d'un collège visité quelques minutes plus tard par le président Hamid Karzaï. Les Talibans revendiquent l'attentat. Le 29 août 2004, à Kaboul, un attentat à la voiture piégée fait au moins 12 morts et une trentaine de blessés. Les Talibans visaient l'entreprise de sécurité américaine Dyncorps, qui s’occupe de la protection du président afghan Hamid Karzaï.
Entre la chute des Talibans durant la guerre d’Afghanistan de 2001, et la Loya Jirga de 2003, l'Afghanistan a été appelé État islamique transitoire d'Afghanistan par l'Occident.

Depuis l'élaboration de sa nouvelle constitution, le pays est maintenant officiellement nommé République islamique d'Afghanistan. En 2004, deux ans après l'intervention internationale, l'Afghanistan est redevenu le premier pays producteur mondial de pavot (papaver somniferum) dont le latex est utilisé pour produire l'opium et l'héroïne.

À partir de 2005, la situation s'aggrave. Les Talibans, en parallèle ou avec des volontaires étrangers, s'infiltrent dans certaines régions. En août 2006, l'OTAN lance une offensive (opération Méduse) à l'ouest de Kandahar, mais après la perte d'un avion de surveillance avec 14 militaires et plusieurs morts au sol notamment par feu ami, son commandant réclame des renforts.

Sur les dix premiers mois de 2006, la guérilla et les combats ont fait plus de 3 000 morts en Afghanistan, alors que la production d'opium a augmenté de 60 % pendant l'année.